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MAUVAIS JOURMauvais jour
Je le sais aujourd'hui va être une magnifique journée. Le réveil sonne. Il se remet à sonner cinq minutes plus tard. Ah je ne veux pas me lever. Pourtant il le faut, alors pour me convaincre, je me dis que je sais qu'aujourd'hui va être une belle journée.
Je finis pas me lever. Je pose lentement et laborieusement un pied par terre, puis l'autre. Je suis défait par ma nuit de sommeil. J'aurais du me coucher plus tôt, cela m'apprendra à être du soir. Finalement je parviens à me lever et à me frayer un passage dans la pénombre de mon austère chambre.
Je descends l'escalier qui me sépare du salon, lentement, au rythme de ma fatigue, et de mes baillements. La journée va être longue, pénible et difficile.
Au bout de quelques minutes, toujours aussi peu éveillé, je finis par me mettre à table. Comme d'habitude, je suis de mauvaise humeur. Je ne me réveille jamais de bonne humeur. Seules deux heures me séparent de ma vie survoltée et difficile à suivre.
Je sors de chez moi. La porte s'ouvre puis je la referme derrière moi. Comme d'habitude, elle se coince au moment de la fermer. D'un geste mécanique, fait et refait des centaines de fois, je donne un coup sur le bas de la porte. Elle se ferme alors, et je la ferme avec deux tours de clef.
Je pars alors vers mon arrêt de bus. Ah, toujours le même chemin. Je me dis que c'est triste de toujours faire la même chose tous les jours. Je voudrais bien prendre un autre chemin, mais il en existe aucun autre. Et puis de toute façon je n'ai pas le temps là, sinon je vais rater mon bus. Tiens le voilà justement, et il me faut courir pour qu'il ne m'oublie pas et veuille bien m'attendre.
Une fois dedans, je valide ma carte, bip bip, puis je rejoins la place que j'ai fréquemment l'habitude d'occuper au milieu du bus. Après vingt minutes de bus, je demande l'arrêt, et descends à l'arrêt facultés.
Il se met alors à pleuvoir. C'est vraiment une sale journée, j'aurais du rester au lit bien au chaud, c'est pas possible ça ! Il pleut de grosses gouttes, les pires qui existent vous savez, celles qui réussissent à traverser tous les vêtements, et vous chatouillent outrageusement et indécemment.
Emilio Ancia Batuta était un petit ouvrier qui menait une vie paisible
dans la grande cité aveuglante, la capitale de la communauté. Il travaillait
dur contre un salaire largement mérité, et dont il avait peur de demander
l'augmentation. Il rentrait tous les soirs dans son humble logement, si proche
du ciel et des nuages de pollution, et de la route où mille véhicules passaient
en une heure.
Je vais alors en cours, la tête fraichement mouillée par la pluie. Une heure, deux heures, trois heures passent. C'est la fin des cours pour la matinée. Je me dépêche de ranger mes affaires car mon bus passe à 11.03, et que si je le rate le prochain ne passe qu'à 11.47, et que je ne veux pas attendre trois quarts d'heure sous une pluie pas très agréable.
Je te vois alors attendant à l'arrêt, je te demande si le 40 est passé, tu me dis que tu penses que non, et tu en profites pour me demander si je sais s'il va là, tu sais, là où il y a ça. Ah oui, ben oui il passe là ! C'est vrai ! C'est bien, ça, ça va m'éviter de prendre trois bus. Merci.
Le bus arrive, je monte. Je descends à mon arrêt, et rentre chez moi. Ah c'est vraiment pas un beau jour, j'aurais du rester dans mon lit.
Une fois arrivé chez moi, il me faut aller chercher le courrier, pardon, je devrais plutôt dire les factures ou rappels de factures, qui jonchent presque exclusivement la malheureuse boîte aux lettres bléssée par les passages violents des fréquentes enveloppes. Aujourd'hui il n'y a que de la publicité, et pas de courrier, c'est enfin une bonne nouvelle. Alors je rentre et allume la télévision. Mais il n'y a rien d'intéressant, juste les programmes pour personnes au foyer, ou d'âge conséquent. Comme il est bientôt l'heure de manger, je décide de préparer de quoi manger.
Mais j'ouvre le réfrigérateur, hérésie des hérésies, car je sais pertinement qu'il est vide depuis deux jours. Il ne me reste qu'un solitaire paquet de chips effritées, et un reste de pâté guère encourageant. La journée continue très bien. De mieux en mieux. Je me résous à manger ce peu de chose, et bois le plus d'eau possible pour me donner l'impression d'avoir le gosier rempli, et ne plus avoir -pour un temps du moins- cette terrible sensation de faim.
Des heures passent, et je dois quitter mes occupations pour retourner à la fac, et sa cadence infernale.
Je suis les cours de mes profs, tous plus longs les uns que les autres, mais tout aussi passionants, sauf le cours de 16.30, que je peine à suivre. Une fois tous les cours finis, comme les autres étudiants, je fuis la fac en direction des arrêts de bus. A mon arrêt du monde se presse encore. C'est bon, il n'est pas encore passé, ouf. Et puis comble du hasard, je te revois attendant le 40. Après un bref sourire d'étonnement et d'émerveillement et de joie contenue, je te demande si le 40 n'est pas passé. Non, tu sais. Tu me regardes, me souris. J'ai peur.
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