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LE CHOCOLAT

Capsule 09 du 14 septembre 2002

Recherche et guide : Conti González Báez

 

Le chocolat a été décrit comme "l'élixir des dieux".

Les origines de cette substance aromatique, sensuelle et pour certains adictive appelée chocolat, remontant aux anciennes civilisations des Olmèques et des mayas, les premiers qui cultivèrent l'arbre d'où provient le chocolat, le cacao.

Il y a trois mille ans, les Olmèques occupaient une aire de jungles tropicales, au sud de Veracruz, dans le golfe du Mexique. Les linguistes modernes ont reconstruit l'ancien vocabulaire Olmèque et ont trouvé qu'il comprend le terme 'cacao'.

Etant donnés les besoins en chaleur, en humidité et en ombre de l'arbre du cacao, conditions réunies où vivaient les Olmèques, de nombreux historiens sont convaincus du fait que ce fut cette dernière la première civilisation qui cultiva cet arbre et non celle des aztèques, comme on le croyait communément.

Plusieurs siècles après, les mayas, qui s'étaient établis dans une grande région située au sud du Mexique actuel, de la péninsule du Yucatan, tout le long de la région de Chiapas, à la côte du Guatemala, commencèrent à cultiver cet arbre. Ils donnaient énormément de valeur aux graines, tant pour leurs qualités nutritives que pour leur valeur, puisqu'on les utilisait comme monnaie. Ils appelaient cet arbre 'cacahuaqucht'. ils croyaient qu'il appartenait aux dieux et que les cosses qui poussaient sur le tronc était un cadeau de ceux-ci aux hommes.

Les mayas construisirent palais et temples de pierre, en gravant sur les murs sacrés des images de cosses de cacao, qui pour eux étaient symbole de vie et de fertilité. Le chocolat s'utilisait aussi à des fins thérapeutiques. Les sorciers mayas prescrivaient la consommation de cacao autant comme stimulant, que pour ses effets calmants. Les guerriers le consommaient comme une boisson reconstituante et le beurre de cacao était utilisé comme onguent pour soigner les blessures.

Les mayas créèrent une sorte de breuvage amer fait de graines de cacao que les rois et les membres de la noblesse exclusivement consommaient. Il était de même utilisé pour donner de la solennité à des rites sacrés déterminés. Une ancienne peinture montre ce sombre breuvage marron versé d'un récipient à un autre jusqu'à produire une importante quantité de mousse. Diverses épices s'utilisaient comme ajout pour parfumer le breuvage, le Chili piquant étant le préféré.

Dans les livres mayas que l'on a conservé de nos jours, les cosses du cacao apparaissaient fréquemment, et leur texte se réfère souvent à celui-ci comme un mets des dieux.

On a trouvé des pots contenant des résidus de cette boisson dans des ruines mayas, autant dans notre pays qu'au Guatemala et Belice, ce qui permet d'établir que la civilisation dont il est question prenait déjà cette boisson en l'an 600 avant Jésus Christ.

Les Toltèques, quant à eux, croyaient que leur roi, Quetzalcoatl, qui était aussi dieu de l'air, avait la mission d'amener les graines de l'arbre du cacao de l'Eden à la terre des hommes et de leur montrer les différentes façons de le cultiver.

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A cause d'une série de soulèvements politiques, Quetzalcoatl s'enfuit vers le sud du Yucatan. Malade, il fut persuadé de boire une mystérieuse potion qui le rendit fou. Convaincu qu'il lui fallait abandonner son royaume, il prit la mer sur un petit radeau, en promettant à ses sujets qu'il reviendrait pour réclamer son royaume. La légende de cet exil finit par se transformer en une partie de la mythologie aztèque et les astrologues pronostiquèrent qu'en 1519 un roi à la peau blanche reviendrait pour libérer son peuple. Cette croyance allait avoir des conséquences durables dans le futur du Nouveau Monde.

Les aztèques imposèrent un système féodal dans lequel les tribus mayas devaient payer des impôts sous la forme de graines de cacao. Le chocolat, qu'ils croyaient originaire du ciel et qui arrivait au peuple au travers de la graine du cacao, était une boisson réservée aux gouverneurs et guerriers, car l'on croyait que, en plus d'avoir des pouvoirs aphrodisiaques, il donnait force et vigueur à qui le buvait.

Dans la cour de Moctezuma on préparait approximativement 50 grands pots de chocolat, très mousseux, lequel était servi dans des coupes d'or. On le préparait avec du cacao et de l'eau sans sucre, il s'agissait donc d'une boisson plutôt amer. Le mot nahuatl xocolatl signifie 'eau aigre'.

Le chocolat était inconnu en Europe jusqu'à ce qu'en 1504, la quatrième expédition de Christophe Colomb arrivât sur l'île de Guanja, en face des côtes du Honduras. Là-bas ils goûtèrent le xocolatl, une boisson à la saveur forte et très énergétique, que l'on obtenait en grillant le fruit, le moulant, le pétrissant avec de l'eau, lui retirant le beurre de cacao, le mélangeant avec de la farine de maïs pour l'épaissir et lui ajoutant quelques épices piquantes qui lui donnaient une saveur très caractéristique, qui ne plut pas trop aux premiers espagnols qui la goûtèrent. De ce fait, la vraie 'découverte' du chocolat eut lieu en 1519, avec l'arrivée d'Hernan Cortes au Mexique.

Les aztèques crurent que Cortes était la réincarnation de Quetzalcoatl. Leur empereur, Moctezuma II, lui offrit le xocolatl, 'aliment des dieux', dans un verre en or.

Le conquistador se rendit vite compte de la valeur nutritive de cette boisson, qui permettait à ses soldats de résister toute la journée sans prendre aucun autre aliment.

Les espagnols appelèrent le fruit du cacao 'amígdala pecuniaria' (amygdale pécuniaire) ou 'almendra del dinero' (amande de l'argent) à cause de son usage en tant que monnaie. Avec huit graines on achetait un lapin, avec quatre, un dindon.

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Le chocolat arriva en Espagne, depuis le Mexique, en 1520.

La version la plus acceptée dit que le cacao fut introduit en Espagne aux travers de quelques moines qui voyageaient dans les expéditions de Cortes. L'un d'entre eux, frère Aguilar, envoya le cacao à l'Abbé du Monasterio de Piedra de Saragosse, où on élabora le chocolat pour la première fois en Europe, commençant ainsi une grande tradition chocolatière parmi les moines espagnols.

Cependant, il fallut attendre près d'un siècle avant que, pour l'adapter au palais européen, on ne commence à l'adoucir avec du miel, et un peu plus tard, avec du sucre, donnant naissance à un chocolat à la saveur voisine de celle que nous connaissons aujourd'hui.

L'Espagne confia l'élaboration du chocolat aux monastères, sous couvert du secret. On conserva la recette durant presque 100 ans, mais le secret se divulgua finalement dans le reste de l'Europe.

On le considéra comme un médicament, un reconstituant et même un breuvage d'amour, lui attribuant des vertus aphrodisiaques. Pendant ce temps, les recettes s'amélioraient.

Le chocolat pouvait être un aliment ou une boisson. Comme boisson, on pouvait même le consommer les jours de jeûne -comme le vin- et, étant beaucoup plus nutritif, on le préférait les jours de Carême. Au début, le chocolat était réservé à la noblesse. Au dix-septième siècle, les infantes espagnoles, et particulièrement María Teresa, fille de Philippe IV, qui se maria avec Louis XIV de France, le 'Roi Soleil', introduirent la coûtume de prendre du chocolat dans la cour de France.

De grands personnages français, parmi lesquels le cardinal Richelieu, prirent goût au chocolat. Deux figures historiques, Casanova et Madame Du Barry, croyaient que le chocolat favorisait les idylles.

Ainsi sa consommation s'étendit à toute l'Europe, où il fit son apparition presque simultanément dans tous les pays. En Italie les cioccolatieri l'introduirent en 1606.

En Allemagne il apparut en 1646 ; là-bas il était chargé de nombreux impôts qui rendait difficile sa consommation.

Les Anglais le découvrirent en 1657, en ouvrant immédiatement plusieurs chocolateries populaires.

Un citoyen Suisse dégusta le chocolat en Belgique et l'emmena dans son pays en 1711. Le doux breuvage atteint aussi l'Autriche, par l'intermédiaire de l'empereur Charles VI, après son infructueuse tentative d'occuper le trône de espagnol.

Le cacao arriva en Suède et fut bien reçu par la noblesse en 1737. Le naturiste Charles Linné lui donna le nom en latin de Theobroma, ce qui signifie 'aliment des dieux', en hommage à Quetzalcoatl.

Ce n'est qu'en 1755 que les nord-américains des Etats-Unis, alors colonie anglaise, ne découvrirent la boisson qui rendait l'Europe folle. Peu après on inaugura la première fabrique de chocolat en Nouvelle Angleterre. Thomas Jefferson exalta les vertus du chocolat, reconnaissant qu'il était bénéfique pour la santé et la nutrition.

Chaque pays avait sa propre source d'approvisionnement, plantant des cacao dans leurs colonies. La France le fit en Inde Occidentale, particulièrement en Martinique et à Madagascar ; les Hollandais à Ceylan, Java et Sumatra ; les belges au Congo ; les anglais en Inde Oriental ; les allemands au Cameroun et les portugais au Brésil.

Le chocolat avait définitivement conquis le monde.

A la fin du dix-huitième siècle, les dames françaises mirent les 'bon bon' à la mode, des petits bouts de chocolat à déguster à n'importe quelle heure. C'est seulement à partir de du dix-neuvième siècle que l'on a commencé à fabriquer le chocolat en forme de tablettes, ainsi que nous le connaissons aujourd'hui.

Le passage du chocolat liquide au chocolat solide commença grâce à la tentative de créer une boisson plus légère.

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En 1819, à Paris, Pelletier installa la première fabrique qui utilisait le moteur à vapeur, mécanisant le broyage des graines de cacao, remplaçant ainsi la longue méthode de manufacture à la main.

En 1828, le hollandais Conrad Van Houter inventa une presse qui lui permit d'extraire la matière grasse ou le beurre de cacao, ne restant que la poudre de cacao dégraissée que nous connaissons de nos jours.

Après avoir réussi à séparer le beurre de cacao, l'industrie s'est retrouvée devant le dilemme de quoi en faire ; c'était quelque chose de trop précieux pour le gaspiller. D'une façon ou d'une autre, il vint à quelque fabriquant de cacao l'idée de mélanger le beurre de cacao avec une pâte faite à base de cacao moulu et de sucre.

La mixture obtenue fut une pâte douce et malléable à laquelle on pouvait ajoute du sucre sans qu'elle ne devienne grumeleuse ; la graisse facilitait sa dissolution. La pâte était suffisamment fine pour être versée dans un moule et lui donner forme. A partir de ce moment commença à se formuler l'idée des pastilles de chocolat à manger.

François-Louis Callier fabriqua en 1820 les premières tablettes comestibles et fonda Vevey, Suisse, la première chocolaterie de ce pays. En 1831, Charles Kohler fonda la sienne à Lausanne.

L'Essence de Cocoa Cardbury fut le premier cacao moulu pur à être vendu au Royaume-Uni. Richard et George Cadbury perfectionnèrent une méthode pour supprimer la moindre trace de beurre de cacao pour la première fois.

En 1875, à Vevey aussi, le laboratoire d'Henri Nestlé se trouvait contigu à une petite chocolaterie créée peu de temps auparavant par Daniel Peter. Tous deux eurent l'idée d'ajouter du lait au chocolat. Ainsi naquit le premier chocolat au lait su monde. Par la suite, Peter s'associa avec Callier et avec Kohler.

Des années après, en 1929, les trois marques fusionnèrent avec Nestlé, consacrant ainsi l'union définitive du chocolat au lait suisse.

Depuis lors, le chocolat s'est élaboré sous forme de barre solide et sa valeur en tant que nourriture portative énergétique et nutritive a été très appréciée.

Les Etats-Unis développèrent leur propre version du chocolat plus tard.

En 1893, Milton Hershey, fabriquant de bonbons, assista à l'exposition universelle de Chicago, où il acheta de la machinerie allemande pour faire du chocolat. Il commença à faire des bonbons couverts de chocolat et peu après, il vendit son commerce de bonbons et se concentra sur la fabrication de types différents de chocolat.

Après avoir essayé avec de la crème de lait et chocolat à plusieurs reprises, puisque le mélange brûlait ou ne solidifiait pas bien, les petites barres de chocolat de Milton Hershey apparurent sur le marché en 1900.

Sept ans plus tard, ses fameux bonbons 'kisses' apparurent, et la Compagnie de Chocolats Hershey commença sa croissance, jusqu'à devenir la plus grande entreprise chocolatière des Etats-Unis.

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Les magasins spécialisés en chocolat commencèrent à proliférer dans tout le pays et la majorité des villes disposaient d'un établissement de prestige qui fabriquait des bonbons en chocolat, dont on avait bien vite des centaines de sortes.

L'industrie chocolatière américaine atteignit sa splendeur maximale pendant la Seconde Guerre Mondiale, quand des millions de barres de chocolat furent envoyées aux forces armées qui combattaient en Europe. Forrest Mars et Bruce Murrie de la Compagnie Mars inventèrent la recette des fameux 'M&M's', qui sont leurs initiales, pendant la Guerre Civile Espagnole. Ils observèrent les soldats qui mangeaient des morceaux de chocolat couverts de sucre durcies. Cela permettait à la friandise de ne pas fondre sous la chaleur du soleil. Mars adapta l'idée et en 1941 il lança sur le marché les premiers M&M's, de petits chocolats couverts de sucre de couleur. Au début, on les empaquetait dans des tubes de carton, et à partir de 1948, dans la poche en plastique café que nous connaissons aujourd'hui. E 1954 fut enregistré leur fameux slogan : "Le chocolat fond dans ta bouche, pas dans ta main".

Ironiquement, le chocolat, originaire du Mexique, a commencé à être fabriqué en Europe et longtemps après seulement, a commencé son industrialisation dans notre pays [NdTrad : Le Mexique], quand en 1853 on introduisit la première machine pour l'élaborer.

Peu à peu l'industrie chocolatière mexicaine s'est accrue, augmentant sa capacité de production et concurrençant les fabricants suisses, américains et japonais, entre autres. Actuellement, ses exportations sont en augmentation, grâce à sa qualité.

Le mot nahuatl chocolat a acquis de nouvelles modalités dans les différentes langues du monde. En français c'est chocolat, en anglais chocolate, en italien cioccolata, cioccolatto ou cioccolatte. En cataln c'est acolata ou xocolata, en alleman shokolade, en suedois choclad, en polonais czekolada et en hongrois, czokoláde.

Les pays le plus consommateurs de chocolat sont la Suisse, le Royaume Uni, la Belgique, l'Irlande et la Norvège. Les suisses consomment presque 12 kilos de chocolat à l'année.

Le chocolat est l'un des éléments les plus délicieux, mais il apporte plus que la sensation de goût, puisqu'il contient une série d'éléments nutritifs qui sont bénéfiques pour notre organisme.

Le chocolat et les dérivés du cacao sont riches en graisses, hydrates de carbone et protéines. Ils constituent des aliments très adéquats pour des situations dans lesquelles un apport énergétique extraordinaire est requis, comme par exemple, la pratique sportive.

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Ils contiennent aussi des éléments minéraux comme le potassium, le phosphore et le magnésium, en plus de vitamines comme la thiamine (vitamine B1) et l'acide Folique, ainsi que des éléments comme la théobromine, qui est un stimulant et flavonoides.

Les substances appelées flavonoides aident à garder le cœur sain et avoir une bonne circulation sanguine. Ils favorisent aussi l'échange de sérotonine dans le cerveau, qui soulage la dépression. Les acides gras qui se trouvent dans le cacao, en étant consommés dans une boisson, tuent la bactérie Helicobacter pylori, nous libérant de celle-ci. Selon certains scientifiques, les effets antibactériens du cacao surpassent ceux du thé vert, boisson traditionnelle du Japon et ceux du café, du fait qu'il possède une grande capacité antioxydant. Les antioxydants sont des substances qui aident à réduire le dommage des particules cancérigènes du corps.

Si l'on prend du chocolat au lait, l'apport en calcium augmente.

Fait curieux, quand les aztèques utilisaient le cacao en tant que monnaie, il y avait aussi des faussaires. Ils remplissaient les coquilles vides du cacao avec de la boue. Ces fausses monnaies étaient appelées 'cachuachichiua'.

 

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