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TAYUZ (LES MONDES MODERNES)

 

 

Tayuz était le chef de sa tribu, il avait conquis son poste par le pouvoir raisonnable de la force. Et après qu'à de nombreuses reprises on avait défié son autorité, et que celle-ci avait survécu, plus personne désormais n'osait contester son pouvoir. C'est lui qui possédait la plus grande tente, et c'est à lui que les meilleures parties des prises de chasse revenaient.

Tayuz était maintenant un être très respecté, et l'on s'adressait à lui pour demander des conseils, comme autrefois on s'adressait aux sages, bien souvent éduqués par le temps. C'était grâce à lui essentiellement que la communauté survivait, car grâce à son existence, la chasse, la pêche et la cueillette était toujours bonne.

"Okma okma, folawa dela folawa lawa, okma, gunda ogadu bounie Tayuz". Tous les matins, le peuple de sa communauté se levait et lui répétait en chœur cette phrase, lui jurant fidélité, honneur et respect. Tayuz se considérait comme une divinité, et il était normal pour lui que son peuple le considérât aussi ainsi.

 

* * *

 

Un jour de pluie, Tayuz choisit quatre hommes parmi sa tribu, et les chargea de partir à la chasse pour nourrir la tribu. Il en prit quatre autres, qu'il chargea d'aller pêcher, et quatre enfin pour aller faire la cueillette. Puis il retourna dans sa tente, et dormit. Les quatre chasseurs étaient partis dans la partie un peu moins épaisse de la forêt, là où ils pouvaient entrer sans se blesser, et là où le plus grand nombre d'animaux se cachaient. Armés de leurs longs bâtons pointus, tels des lances, ils guettaient l'oeil tendu dans toutes les directions, la main armée levée, prête à agir.

Les quatre pêcheurs eux étaient partis en contrebas de la vallée, en descendant le coteau du campement de la tribu Bolgictesk, vers la rivière. Eux aussi étaient armés de lance, certes un peu plus petites, mais non moins dangereuses. Ils étaient silencieux, les yeux rivés sur l'eau claire de la rivière, dans l'attente d'un poisson de taille conséquente.

Les quatre cueilleurs quant à eux s'en étaient allés vers la partie non boisée de la montagne, où seulement sévissaient quelques buissons et autres arbustes, et de nombreuses fleurs, baies et feuilles comestibles. Armés de leurs paniers de cuir, ils allaient à l'assaut de la flore de cette prairie, cueillant tout ce qui pouvait se manger, les yeux attentifs tournés vers le sol, source de nourriture divine.

Soudain, un gros animal surgit. Alertés, les chasseurs se mirent aussitôt à sa poursuite, écartant peu à peu leurs chemins, pour mieux le combattre et l'encercler. Au bout de plusieurs minutes de course, un premier chasseur lança son javelot, suivi aussitôt par deux autres. Quelque temps plus tard, le quatrième javelot planta la bête. Même avec ses quatre lances, l'animal vivait encore et bougeait encore, ralentissant fortement le pas au rythme de son agonie. Bientôt, il ne vivrait plus, et ils l'emmèneraient au campement, pour la partager.

Le poing serré sur leur bâton, les pêcheurs attendaient l'arrivée de nouveaux poissons. Ils n'en avaient pas assez, ce qui servait de panier, une peau rassemblée en plusieurs endroits, n'était pas encore plein. Un poisson arriva, poussé par le courant de la rivière de montagne, suivi de plusieurs autres, et les pêcheurs après les avoir remarqué, sans bruit lancèrent leurs bâtons, chacun sur un poisson différent. Après un chaos total dans la rivière, le sable remué, le remous de l'eau, au bout de trois des quatre bâtons pendaient des poissons.

La cueillette avait été bonne, mais laborieuse. Il leur aura fallu chercher partout, marcher sur plusieurs kilomètres, pour trouver ce qu'ils cherchaient en quantité suffisante. Il leur fallait rentrer maintenant pour montrer au Tayuz ce qu'ils avaient rapporté, et ainsi monter dans son estime. Peut-être même auraient-ils une ration plus grande que de coutûme. Quoi qu'il en fût, la journée s'était avérée bonne, et ils étaient fier de leur travail.

 

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* * *

 

Mais au bout de quelque temps de règne absolu, Tayuz était de nouveau menacé. On l'attaquait de part et d'autre, il subissait les assauts de ceux qui jalousaient sa place au sein du clan. Les membres du clan qui s'attaquaient à lui en avaient marre de ce règne absolu interminable. Il fallait que cela finisse.

D'abord surpris, car il n'avait plus subi d'attaque depuis si longtemps déjà, il fut très vite affaibli par le nombre et la récurrence des attaques. On le provoquait en duel continuellement, il devait continuellement défendre ses intérêts et son pouvoir, sans cesse remis en question. Il n'asseyait désormais plus aucune autorité absolue.

La communauté, privée de maître, privée de chef qui soit capable de donner des ordres et de mener à bien la survie du clan, s'abandonnait peu à peu à elle-même. Mais bientôt elle reviendrait car elle, car on aurait bien vite défait Tayuz.

Cependant il fallut beaucoup de temps aux assaillants d'abord pour anéantir Tayuz, qui résistait de toutes ses forces et luttait comme un Dieu, et ensuite pour lutter entre eux pour qu'une personne se détache et devienne le nouveau chef du clan. En attendant, la tribu avait beaucoup de mal à survivre, abandonnée, délaissée, ruinée par les sauvageries du pouvoir, et bientôt elle perdit plusieurs de ses membres.

Une chose était sûre, c'était que quelque chose les attendait après ces luttes.

 

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* * *

 

L'hiver rigoureux les attendait. Leurs esprits primitifs n'avaient pas pressenti l'arrivée d'un si grand péril. Non seulement ils n'avaient aucun chef, et ils se disputaient entre eux la place de chef, mais aussi ils vivaient dans une atmosphère d'anarchie totale, mais une anarchie destructrice.

Une atmosphère noire, de jalousie, de suspicion, de méfiance et de haine envers son prochain s'était emparée du clan. Autrefois heureux et prospère, le clan était maintenant affamé et suspicieux. Ils allaient droit à la catastrophe sans s'en rendre compte.

On ne chassait plus que pour soi-même, on ne vivait plus que pour soi-même, et l'on avait désormais une terreur de l'autre, celui qu'autrefois on connaissait mais que désormais on refuse de connaître. Le clan était tombé dans un profond chaos, dont il ne ressortirait probablement pas entier et pas grandi. Cette expérience la changerait à jamais. Si l'erreur est humaine, elle doit pouvoir ne se produire qu'une fois...

Les premières gelées arrivèrent et prirent tout le monde au dépourvu. On n'avait rien prévu pour faire face aux difficultés de la saison. Bientôt les plus faibles moururent : quelques femmes enceintes, de nombreux vieillards et plusieurs nourrissons, et autres jeunes enfants. Même face à cette tragédie naturelle, on en était encore à craindre son voisin et à le suspecter, on avait toujours peur de l'autre, pourtant si proche.

 

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* * *

 

La fin de l'hiver approchait, et les beaux jours aussi, qu'enfin l'atmosphère finit par se relâcher un tant soit peu. Un chef parmi tant d'autre avait fini par se détacher. Mais le clan n'était plus le même, il était transformé. Suite aux luttes de pouvoir, et à ses conséquences, la tribu avait perdu la moitié de ses membres. L'heure était à la reconstruction. Au bout de quelques semaines, nombreuses des femmes en âge de procréer tombèrent enceintes.

On avait défini implicitement de nouvelles règles de vie et de conduite. On se respecterait désormais, on accepterait son voisin sans avoir de soupçons. On prévoirait plus tôt l'hiver et autres menaces. On vivrait de nouveau les uns avec les autres, les uns pour les autres, ensemble.

Finalement les luttes de pouvoir n'avaient mené à rien car la vie qui avait repris était la même que la vie sous Tayuz, le seul changement était les membres du clan décimé, et la tête.

 

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* * *

 

L'endroit ne convenait plus : il n'y avait plus assez de végétaux à cueillir, et les bêtes avaient fui la contrée. Alors le chef résolut qu'on devait lever le camp, et migrer vers des régions plus hospitalières.

La tribu pris la direction de l'est sans le savoir, vers là où se couchait le soleil. Ils marchèrent plusieurs jours de suite, établissant des camps plus éphémères les uns que les autres la nuit. Au bout d'une bonne semaine de trajet, le chef décida arbitrairement que l'endroit était idéal.

Il y avait une rivière dans les parages, et ils choisirent d'implanter les tentes à proximité de celle-ci.

Le jour d'après, des pluies diluviennes s'abattirent sur eux. Ils furent condamnés à rester dans leurs malheureuses tentes. Le surlendemain, alors qu'il ne pleuvait pas, un bourdonnement sourd mais puissant se faisait de plus en plus fort, et de plus en plus puissant. L'eau envahi le fond de la vallée où était le camp, et balaya tout sur son passage, avec une telle force te une telle violence que même les arbres les mieux enracinés ne résistaient pas.

 

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