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international 1997-2005 | |
TAYUZ (LES
MONDES MODERNES)
Tayuz était le chef de sa tribu, il
avait conquis son poste par le pouvoir raisonnable de la force. Et après qu'à
de nombreuses reprises on avait défié son autorité, et que celle-ci avait
survécu, plus personne désormais n'osait contester son pouvoir. C'est lui qui
possédait la plus grande tente, et c'est à lui que les meilleures parties des
prises de chasse revenaient.
Tayuz
était maintenant un être très respecté, et l'on s'adressait à lui pour demander
des conseils, comme autrefois on s'adressait aux sages, bien souvent éduqués
par le temps. C'était grâce à lui essentiellement que la communauté survivait,
car grâce à son existence, la chasse, la pêche et la cueillette était toujours
bonne.
"Okma
okma, folawa dela folawa lawa, okma, gunda ogadu bounie Tayuz". Tous
les matins, le peuple de sa communauté se levait et lui répétait en chœur cette
phrase, lui jurant fidélité, honneur et respect. Tayuz se considérait comme une
divinité, et il était normal pour lui que son peuple le considérât aussi ainsi.
* * *
Un jour de pluie, Tayuz choisit
quatre hommes parmi sa tribu, et les chargea de partir à la chasse pour nourrir
la tribu. Il en prit quatre autres, qu'il chargea d'aller pêcher, et quatre
enfin pour aller faire la cueillette. Puis il retourna dans sa tente, et
dormit. Les quatre chasseurs étaient partis dans la partie un peu moins épaisse
de la forêt, là où ils pouvaient entrer sans se blesser, et là où le plus grand
nombre d'animaux se cachaient. Armés de leurs longs bâtons pointus, tels des
lances, ils guettaient l'oeil tendu dans toutes les directions, la main armée
levée, prête à agir.
Les quatre pêcheurs eux étaient partis en contrebas de la
vallée, en descendant le coteau du campement de la tribu Bolgictesk, vers la
rivière. Eux aussi étaient armés de lance, certes un peu plus petites, mais non
moins dangereuses. Ils étaient silencieux, les yeux rivés sur l'eau claire de
la rivière, dans l'attente d'un poisson de taille conséquente.
Les quatre cueilleurs quant à eux s'en étaient allés vers la
partie non boisée de la montagne, où seulement sévissaient quelques buissons et
autres arbustes, et de nombreuses fleurs, baies et feuilles comestibles. Armés
de leurs paniers de cuir, ils allaient à l'assaut de la flore de cette prairie,
cueillant tout ce qui pouvait se manger, les yeux attentifs tournés vers le
sol, source de nourriture divine.
Soudain, un gros animal surgit. Alertés, les chasseurs se
mirent aussitôt à sa poursuite, écartant peu à peu leurs chemins, pour mieux le
combattre et l'encercler. Au bout de plusieurs minutes de course, un premier
chasseur lança son javelot, suivi aussitôt par deux autres. Quelque temps plus
tard, le quatrième javelot planta la bête. Même avec ses quatre lances,
l'animal vivait encore et bougeait encore, ralentissant fortement le pas au
rythme de son agonie. Bientôt, il ne vivrait plus, et ils l'emmèneraient au
campement, pour la partager.
Le poing serré sur leur bâton, les pêcheurs attendaient
l'arrivée de nouveaux poissons. Ils n'en avaient pas assez, ce qui servait de
panier, une peau rassemblée en plusieurs endroits, n'était pas encore plein. Un
poisson arriva, poussé par le courant de la rivière de montagne, suivi de
plusieurs autres, et les pêcheurs après les avoir remarqué, sans bruit
lancèrent leurs bâtons, chacun sur un poisson différent. Après un chaos total
dans la rivière, le sable remué, le remous de l'eau, au bout de trois des
quatre bâtons pendaient des poissons.
La cueillette avait été
bonne, mais laborieuse. Il leur aura fallu chercher partout, marcher sur plusieurs
kilomètres, pour trouver ce qu'ils cherchaient en quantité suffisante. Il leur
fallait rentrer maintenant pour montrer au Tayuz ce qu'ils avaient rapporté, et
ainsi monter dans son estime. Peut-être même auraient-ils une ration plus
grande que de coutûme. Quoi qu'il en fût, la journée s'était avérée bonne, et
ils étaient fier de leur travail.
* * *
Mais au bout de quelque temps de règne
absolu, Tayuz était de nouveau menacé. On l'attaquait de part et d'autre, il
subissait les assauts de ceux qui jalousaient sa place au sein du clan. Les
membres du clan qui s'attaquaient à lui en avaient marre de ce règne absolu
interminable. Il fallait que cela finisse.
D'abord surpris, car il n'avait plus subi d'attaque depuis
si longtemps déjà, il fut très vite affaibli par le nombre et la récurrence des
attaques. On le provoquait en duel continuellement, il devait continuellement
défendre ses intérêts et son pouvoir, sans cesse remis en question. Il
n'asseyait désormais plus aucune autorité absolue.
La communauté, privée de maître, privée de chef qui soit
capable de donner des ordres et de mener à bien la survie du clan,
s'abandonnait peu à peu à elle-même. Mais bientôt elle reviendrait car elle,
car on aurait bien vite défait Tayuz.
Cependant il fallut beaucoup de temps aux assaillants
d'abord pour anéantir Tayuz, qui résistait de toutes ses forces et luttait
comme un Dieu, et ensuite pour lutter entre eux pour qu'une personne se détache
et devienne le nouveau chef du clan. En attendant, la tribu avait beaucoup de mal
à survivre, abandonnée, délaissée, ruinée par les sauvageries du pouvoir, et
bientôt elle perdit plusieurs de ses membres.
Une
chose était sûre, c'était que quelque chose les attendait après ces luttes.
* * *
L'hiver rigoureux les attendait. Leurs
esprits primitifs n'avaient pas pressenti l'arrivée d'un si grand péril. Non
seulement ils n'avaient aucun chef, et ils se disputaient entre eux la place de
chef, mais aussi ils vivaient dans une atmosphère d'anarchie totale, mais une
anarchie destructrice.
Une atmosphère noire, de jalousie, de suspicion, de méfiance
et de haine envers son prochain s'était emparée du clan. Autrefois heureux et
prospère, le clan était maintenant affamé et suspicieux. Ils allaient droit à
la catastrophe sans s'en rendre compte.
On ne chassait plus que pour soi-même, on ne vivait plus que
pour soi-même, et l'on avait désormais une terreur de l'autre, celui
qu'autrefois on connaissait mais que désormais on refuse de connaître. Le clan
était tombé dans un profond chaos, dont il ne ressortirait probablement pas
entier et pas grandi. Cette expérience la changerait à jamais. Si l'erreur est
humaine, elle doit pouvoir ne se produire qu'une fois...
Les premières gelées arrivèrent et prirent tout le monde au
dépourvu. On n'avait rien prévu pour faire face aux difficultés de la saison.
Bientôt les plus faibles moururent : quelques femmes enceintes, de nombreux
vieillards et plusieurs nourrissons, et autres jeunes enfants. Même face à
cette tragédie naturelle, on en était encore à craindre son voisin et à le
suspecter, on avait toujours peur de l'autre, pourtant si proche.
* * *
La fin de l'hiver approchait, et les
beaux jours aussi, qu'enfin l'atmosphère finit par se relâcher un tant soit
peu. Un chef parmi tant d'autre avait fini par se détacher. Mais le clan
n'était plus le même, il était transformé. Suite aux luttes de pouvoir, et à
ses conséquences, la tribu avait perdu la moitié de ses membres. L'heure était
à la reconstruction. Au bout de quelques semaines, nombreuses des femmes en âge
de procréer tombèrent enceintes.
On avait défini implicitement de nouvelles règles de vie et
de conduite. On se respecterait désormais, on accepterait son voisin sans avoir
de soupçons. On prévoirait plus tôt l'hiver et autres menaces. On vivrait de
nouveau les uns avec les autres, les uns pour les autres, ensemble.
Finalement les luttes de pouvoir n'avaient mené à rien car
la vie qui avait repris était la même que la vie sous Tayuz, le seul changement
était les membres du clan décimé, et la tête.
* * *
L'endroit ne convenait plus : il n'y
avait plus assez de végétaux à cueillir, et les bêtes avaient fui la contrée.
Alors le chef résolut qu'on devait lever le camp, et migrer vers des régions
plus hospitalières.
La tribu pris la direction de l'est sans le savoir, vers là
où se couchait le soleil. Ils marchèrent plusieurs jours de suite, établissant
des camps plus éphémères les uns que les autres la nuit. Au bout d'une bonne
semaine de trajet, le chef décida arbitrairement que l'endroit était idéal.
Il y avait une rivière dans les parages, et ils choisirent
d'implanter les tentes à proximité de celle-ci.
Le jour d'après, des
pluies diluviennes s'abattirent sur eux. Ils furent condamnés à rester dans
leurs malheureuses tentes. Le surlendemain, alors qu'il ne pleuvait pas, un
bourdonnement sourd mais puissant se faisait de plus en plus fort, et de plus
en plus puissant. L'eau envahi le fond de la vallée où était le camp, et balaya
tout sur son passage, avec une telle force te une telle violence que même les
arbres les mieux enracinés ne résistaient pas.
Por eleroa,
diciembre de 2.004, enero de 2.005
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